Le mélodrame qui s'est déroulé cette semaine à Ottawa a non seulement relégué l'élection provinciale sur la voie de garage, mais il a aussi ravivé la flamme nationaliste.
C'est ce qui ressort clairement du dernier focus group électoral organisé jeudi soir par la firme Léger Marketing pour le compte du Journal de Montréal et qui réunissait un échantillon de dix citoyens âgés de 23 à 75 ans.
«C'est l'histoire de cette campagne: il n'y avait pas de raison d'aller en élection autre que le bon timing pour les libéraux et le niveau d'intérêt des électeurs est très bas depuis le début», explique l'animateur du groupe de discussion, Mathieu Gagné, chargé de recherche de Léger Marketing.
«Avant, Harper était juste arrogant. Mais là, il commence à nous appeler séparatistes. C'est quoi le pourcentage de la population qui vient de voter pour le Bloc ? Tout le monde se fait mettre dans ce grand sac. Les gens de l'Ouest sont en train de se cambrer, et nous aussi. Le couvercle va sauter. On a le même passeport, mais on n'a pas la même vision du pays», a soutenu Nancy, fervente nationaliste.
«Maîtres chez nous»
«On est bloqués par Ottawa», a renchéri France en soulignant les divergences d'opinion entre Québec et le gouvernement fédéral, notamment en environnement.
«Moi, ma raison de faire la souveraineté est économique. Je suis tanné des dédoublements. Le fédéral promet de l'argent pour les garderies et en éducation pour avoir des votes. Pourraient-ils rester dans leur champ de compétence ? Ça coûte très cher», a signalé Luc.
«Il faut être maître chez nous. Le Canada, ce n'est pas mon pays. Un ado, à un moment donné, quitte ses parents, prend un appartement et fait sa vie», a ajouté Nancy. «Mais ça veut dire quoi être chez nous ? Ça servirait à quoi d'être chez nous, mais d'être pauvres ?» a demandé Claude.
Sincérité
«La souveraineté, c'est bien beau. Mais c'est un projet qui ne m'a jamais touchée, car je ne me suis jamais sentie appelée. On ne vient pas nous chercher pour nous expliquer ce qu'on pourrait gagner», a indiqué Valérie.
Elle croit que les commentaires durs de Stephen Harper à l'égard du Québec visaient à faire peur aux gens du reste du Canada. «Au Québec, ça va se refermer et rejeter les conservateurs, tout simplement. En regardant ce que le premier ministre a fait, on peut douter de sa sincérité au départ», souligne Valérie.
«Les souverainistes du groupe étaient extrêmement excités. Ce qu'ils ont vécu au cours des derniers jours leur a rappelé pourquoi ils voulaient l'indépendance. Et même les fédéralistes ont convenu que la question de la place du Québec dans le Canada était revenue à l'ordre du jour. On a mis le couvert sur la marmite, mais il y avait toujours le feu en dessous», analyse Mathieu Gagné.
Notre groupe
VALÉRIE
Étudiante en relations publiques
28 ANS
CENDRINE Étudiante en sciences politiques
23 ANS
ALAIN Préposé aux bénéficiaires
40 ANS
PAUL Retraité
65 ANS
CLAUDE Retraité
75 ANS
NANCY Enseignante
40 ANS
LOUISE Travailleuse en informatique
54 ANS
FRANCE Fonctionnaire
55 ANS
CAMILLE Ingénieur à la retraite
70 ANS
LUC Entrepreneur
43 ANS
LUC
«Je suis un adéquiste convaincu. À la dernière élection, j'ai voté ADQ, mais Mario Dumont avait les deux doigts dans le nez pendant son mandat dans l'opposition. J'ai voté par anticipation pour les libéraux en guise de protestation. Et si on me soumettait un référendum, je voterais Oui à nouveau.»
NANCY
«Au Québec, que l'on soit adéquiste, péquiste ou libéral, on a des valeurs qui se ressemblent. Les différences sont beaucoup moins marquées qu'au fédéral.»
FRANCE
«Ce dont j'ai peur, c'est l'anglicisation de Montréal. Prenons les deux hôpitaux universitaires. Chez les anglophones, l'argent rentre à pleines pelles et leur projet a débuté. Nous, le CHUM n'est pas encore sur des rails. On va finir par se faire soigner en anglais.»
CENDRINE
«Quand il y a des élections, aucun parti ne m'interpelle complètement. J'aimerais pouvoir voter pour le meilleur projet en éducation, en environnement ou en santé.»
CAMILLE
«Il ne semble pas y avoir de place pour trois partis au Québec. Si l'ADQ a un mauvais résultat, ce sera probablement la fin pour ce parti.»
PAUL
«Au cours de ma vie, j'ai voté pour tous les partis. À la dernière élection, j'ai voté ADQ, mais là, je me cherche.»
CLAUDE
«Cette élection est due à un power trip de Charest. Il n'avait aucune raison d'aller en élection. S'il avait à coeur le bien commun du Québec, il serait resté le chef d'un gouvernement minoritaire et il se serait servi de cette position pour faire passer certaines idées des autres partis qui ne passeraient pas normalement.»
LOUISE
«Je vais aller voter, car c'est mon devoir et que je veux avoir le droit de critiquer. Mais j'ai l'impression que ça ne va donner absolument rien. Il va y avoir un peu plus de libéraux, un peu plus de péquistes et un peu moins d'adéquistes.»
VALÉRIE
«Les questions qui m'intéressent sont l'éducation et la santé. Mais, peu importe le gouvernement en place, rien ne change. Je n'ai toujours pas de médecin de famille et je dois toujours attendre deux ou trois heures à la clinique. Si j'avais le sentiment qu'il y aurait du vrai changement avec une élection, je serais plus intéressée..»
ALAIN
«Au Québec, les gens ont la mémoire trop courte. S'ils se souvenaient, ils voteraient autrement.»
Focus group
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Avis aux lecteurs
Comme nous l'avons fait pour la campagne électorale fédérale, le Journal vous présente à nouveau son focus group électoral.
Les partis politiques et les entreprises ont l'habitude de «tester» leurs idées ou leurs produits en utilisant des focus groups . Nous avons donc décidé de réunir nos propres
focus groups et de publier tout au long de la campagne leurs impressions et leurs réactions à cette campagne électorale.
Chaque dimanche, l'analyste Mathieu Gagné, de Léger Marketing, animera la discussion avec une dizaine d'électeurs de tous les milieux et d'opinions variées.
Lors de la dernière campagne, nos focus groups avaient vu venir, bien avant les spécialistes, la grogne des Québécois à l'endroit de certaines politiques de Stephen Harper, notamment au sujet de la culture et des jeunes contrevenants. Parions qu'encore cette fois, ils sauront donner le pouls de la population.
Bonne lecture !
Mathieu Turbide chef des bureaux politiques
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Constats de Mathieu Gagné
1 Il s'agit d'une campagne inutile et ennuyante. Même après 28 jours, les électeurs n'ont toujours pas trouvé de raison justifiant les élections autre que des considérations stratégiques du Parti libéral.
2 La crise à Ottawa ravive les discussions sur la place du Québec dans le Canada. Plusieurs -- même chez les fédéralistes -- trouvent que l'attitude de Stephen Harper quant au rôle du Bloc québécois dans la coalition PLC-NPD démontre que cette question n'est toujours pas réglée.
3 Les adéquistes sortent de l'ombre. Extrêmement discrets dans les trois groupes tenus avant le débat, ceux qui ont voté ADQ en 2007 osent maintenant le dire. Mais ils énumèrent du même souffle les raisons pour lesquelles ils ne le referont pas cette fois-ci.